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30/06/2017

une certaine idée de la vie... la simplicité joyeuse et volontaire

 Cathy Garcia, 21 juin 2017

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ill. jlmi 2017

 

La simplicité joyeuse et volontaire, comme je la vis et l’ai vécu avant même de l’avoir nommée, c’est de savoir apprécier ce qu’on a, quels que soient nos moyens, et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégouter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, c’est vraiment autre chose. C’est une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est d’abord apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie.


Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça en général on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais il faudrait aussi le faire pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Alors, ça ne veut pas dire se forcer à être d’un optimiste béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi, car la vie est faite d’ombres et de lumière et nous avons à apprendre des deux. Les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia », la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et que nous devons chacun alimenter autant que possible,  afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste, en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible de transformer le plomb en or.


Peut-être par exemple, que comme moi, vous n’avez pas les moyens de partir en vacances, ou alors seulement un jour par ci par là, voire deux ou trois jours consécutifs une fois par an ou tous les deux ans, c’est mon cas, mais aussi parce que finalement la notion même de vacances ne veut plus dire grand-chose quand on vit pleinement sa vie et tout ce que l’on y fait. Mais donc, même si on part ailleurs une seule journée, il est tout à fait possible de savourer ces moments comme s’ils étaient interminables. Un jour égale trois semaines avec le stress des préparations de longues vacances en moins. Chaque seconde, chaque minute alors, se déploient, prennent une saveur incroyable, tout devient intéressant, agréable, beau, le moindre détail est agrandi et révèle ses merveilles. On peut vraiment appliquer ça à n’importe quel domaine de notre vie, y compris à celui de nos relations, ainsi qu’à chaque période de notre vie. Imaginez quel trésor peut être le temps de la vieillesse avec cette façon de voir et de la vivre.


Au lieu de courir sans cesse après quelque chose, d’essayer de retenir les choses ou de les figer, de se gaver, d’être dans une sorte de boulimie de plaisirs, de loisirs, de reconnaissance, de sécurité, pour au final cultiver une frustration souvent permanente de tout ce qui nous est impossible, inaccessible ou refusé dans l’instant ou en général, nous pouvons agrandir tout ce qui nous entoure, approfondir toujours plus, l’infiniment petit n’a pas plus de limites que l’infiniment grand, sans parler des univers qui sont en nous. Cela demande de savoir vivre l’instant présent, être dans l’instant présent, de ne pas trop laisser nos pensées nous embarquer n’importe où, de ne rien regretter d’hier (ça ne sert à rien et puis hier a nourri nôtre expérience présente, remercions-le), de ne pas avoir peur de demain (ça ne changera rien), de s’accepter aussi ici et maintenant, tel que l’on est, là où l’on en est, ce qui veut dire être fluide, laisser venir les humeurs, les émotions, les sensations, ne les jugez pas, ne les bloquez pas, mais ne vous accrochez pas à celles qui sont désagréables, reconnaissez-les par contre, donnez leur de l’amour, elles ont le droit elles aussi de passer, laissez-les passer, comme des nuages elles finiront par s’effilocher dans le ciel, attention à ne pas vous croire supérieurs ou plus forts qu’elles cependant, elles ont un travail à faire elles aussi avec nous. Trop souvent on se trompe sur la « pensée positive », il ne s’agit pas d’être parfaits, mais d’être ce que nous sommes instant après instant, et nous sommes changeants, impermanents, nous sommes les nuages et nous sommes aussi le ciel.


Nous n’avons pas fini de découvrir des trésors en nous, et plus nous découvrons de trésors en nous, plus nous sommes capables de les voir chez les autres, car nous ne pouvons voir chez les autres que ce que l‘on connait déjà, nous ne les comprenons qu’à travers notre propre prisme, notre propre réalité, alors plus on agrandit notre réalité, plus il y a de la place pour les autres, tous les autres, tels qu’ils sont, aussi changeant que des nuages dans le ciel de l’ici et maintenant.


Tout ça pour dire que la simplicité joyeuse et volontaire, ce n’est pas seulement consommer bio et moins gaspiller, chacun de nos gestes, de nos pensées agissent dans plusieurs dimensions, et la dimension symbolique est tout aussi effective et agissante que les autres. Cela devient donc une sorte de philosophie pratique et spirituelle, ascétisme et hédonisme fusionnent, une simple bouchée de nourriture devient un festin à elle toute seule, un parfum, un souffle d’air, une musique peuvent provoquer un orgasme ou une illumination, tous les sens sont en éveil et on découvre qu’ils ont des capacités d’extension insoupçonnées, et que nous avons des capacités toutes aussi insoupçonnées pour faire face aux épreuves, à ce qui semble adversité, de voir au-delà des apparences.


Et ceci d’autant plus que nous savons simplifier justement nos vies, que nous arrivons à distinguer nos satisfactions réelles de celles qui nous sont en quelque sorte présentées comme indispensables. Cela peut remettre en question bon nombre d’évidences, ou de ce qu’on l’on prenait pour des évidences, concernant nôtre statut social par exemple, notre vie professionnelle, l’image que l’on pense devoir donner de soi. Quand on commence à s’engager sur ce chemin de la simplicité joyeuse et volontaire, on fait rarement demi-tour, ce qu’on y trouve pulvérise bon nombre de nos croyances. On se rend compte déjà que ce n’était que des croyances, dont on avait hérité sans même s’en apercevoir de notre milieu familial, social, amical même. Nous ne gardons alors que celles qui restent d’elles-mêmes parce qu’elles sont justes évidentes, notre détecteur de mensonges, ceux que l’on se fait à soi-même, s’affine de plus en plus et comme la simplicité réduit nos besoins, nous découvrons de plus en plus d’espaces de liberté, de possibles. Nous ouvrons grand toutes les portes, les fenêtres, voire nous faisons tomber des pans de murs, nous savons que même avec un strict minimum, notre regard positionné en macro, nos sens démultipliés et notre source intarissable de joie inconditionnelle, nous offrent absolument tout ce que l’on pourrait souhaiter. C’est peut être ça le secret de la multiplication des pains et de l’eau changée en vin des Chrétiens. Un secret qui vient de bien plus loin et traverse les époques, intact.

 

 

 

28/06/2017

une certaine idée de la liberté

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George Orwell ?  A relire pendant les vacances !

Et tant que vous y êtes, ajoutez-y le Talon de fer de Jack London !!!

 

 

 

07/06/2017

Maisons de retraite : comment mourront nos parents demain ?

Published on 29/10/2014 by Sarah Roubato

 

 

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photo jean louis courtinat

 

 

 

 

« Tiens Monsieur C. ! Déjà réveillé ? »

Ça fait déjà plusieurs heures que Monsieur C. est réveillé. La tête tournée vers la fenêtre qui donne sur un mur. Ça fait des heures qu’il attend, assis au bord du lit. Il a réussi à s’extirper du matelas et à pivoter pour s’asseoir. Il n’a pas trouvé pas la manette pour redresser le lit. Il reste là, en attendant. Impossible de mettre la télé, il est trop tôt. Il ne peut pas sonner. D’ailleurs on lui a dit d’arrêter de sonner pour rien. Lui tout ce qu’il voudrait, c’est parler un peu.

Les rayons du soleil se sont mis à éclairer les visages sur le panneau de photos à l’entrée de la chambre. Dans toutes les chambres il y a le même panneau en liège. Entre les photos on voit encore  les trous qu’ont fait ceux qui étaient là avant. Avant que quelqu’un décroche les photos en pleurant. Sur les photos tout le monde sourit. Ça respire la joie, la santé et la vie. Lui aussi il a fini par mettre ses photos sur le panneau en liège, histoire de se rappeler qu’il a été un homme, un mari, un père, un collègue, un grand-père.

Cet après-midi c’est la petite qui va venir le voir. Faudrait pas qu’il se plaigne, pour d’autres personnes ne vient. Mais elle va encore lui demander s’il a passé une bonne semaine. Elle n’a pas compris qu’ici il n’y a plus de semaine, ni vraiment de jour et de nuit. Ici le temps marche avec un déambulateur. Il avance par petites tranches de tâches à accomplir : la toilette quotidienne avec le gant, la grande expédition à la douche une fois par semaine, la promenade dans le couloir, se rendre jusqu’à la salle à manger… Bon dieu c’que ça peut être loin une salle à manger. Monsieur C. déteste cette salle. Tous ces  dentiers qui mastiquent, c’est le temps qui lui fait la grimace. Pourtant parfois il rit, ça lui rappelle la cafétéria quand il était môme, et celle de l’armée. Et puis ça le change du lit et de la chaise près de la fenêtre qui donne sur un mur. Ce lit, c’est là où il va passer de plus en plus de temps. C’est là qu’il attendra que la douleur passe, là qu’un jour la douleur passera tout à fait. C’est signé. La dernière scène de sa vie se passera là, dans ce lit qui n’est pas le sien, qui sera celui d’un autre une semaine plus tard, dans des draps qui n’ont plus l’odeur d’un chez soi. La dernière chose qu’il verra ce seront ces murs d’un blanc trop propre.

Combien parmi nos parents vivront cette fin de vie ? Dans notre société est vieillissante, le nombre de retraités dépassera bientôt le nombre d’actifs. Si le débat sur la fin de vie est souvent relancé, celui sur l’existence même des maisons de retraite – des lieux d’enfermement dirait Foucault – ne semble pas poser problème. Pourtant les maisons de retraite sont un choix de société, qui répond à des normes culturelles, économiques et psychologiques.

Nos parents : les futurs improductifs

Il est aujourd’hui impossible d’envisager que nos parents viennent vivre avec nous. Dans nos sociétés modernes, la norme familiale est la famille nucléaire (père, mère, enfant). De plus l’éclatement familial, les familles recomposées, la mobilité des ménages, fait en sorte que peu parmi nous se retrouverons à vivre près de leurs parents. Pourtant d’autres modèles familiaux plus larges existent, dans lesquels une fratrie peut vivre sous le même toit. Au Japon ,c’est un modèle de famille nucléaire mais étendue sur trois générations.

Dans une société où le but assigné à l’individu est de produire de la valeur économique, le fait qu’une personne puisse se mettre à travailler à mi temps pour s’occuper de ses parents est inenvisageable. On accorde des congés maternité, mais pas de congé filial.

Les improductifs sont relégués à des milieux d’enfermement : l’école, les hôpitaux psychiatriques, les prisons, les foyers pour personnes à la rue, les maisons de retraite. Bien sûr certains sont là pour apprendre, d’autres pour payer une dette envers la société, d’autres pour qu’on prenne soin d’eux. Milieu d’enfermement n’a pas ici une connotation péjorative : c’est un fait, nous enfermons ceux que nous voulons punir, former ou aider. Pourtant il n’est pas universel de considérer que l’apprentissage, la punition ou l’aide passent nécessairement par un isolement. Dans nombre de sociétés, l’apprentissage des enfants se fait par leur participation à la vie communautaire, et notamment par le soin qu’ils doivent prendre des anciens.

Chez nous, les personnes âgées sont considérées comme une classe à part avec, comme les enfants, leur propre nourriture, leurs séries télé, leurs amusements, ou leur niveau de langage qui nous amène à leur parler de façon simpliste. Dans la plupart des modèles sociaux non occidentaux, l’affaiblissement physique d’un ancien n’entraîne pas son écartement de la vie sociale. L’ancien(ne) reste au centre des décisions de la communauté, assiste aux réunions politiques, est honoré(e) lors des grandes fêtes. Son expérience lui confère une sagesse ou tout du moins une voix, et il/elle est considéré(e) comme un trésor humain essentiel à la transmission vers les nouvelles générations.

Dans nos sociétés où l’unité de mesure est l’individu économiquement productif, les personnes âgées redeviennent des enfants, mais des enfants qui marchent à reculons. Passé un certain âge, nul besoin d’avoir une maladie dégénérative pour se faire infantiliser. Dès lors, c’est à nous qu’incombe la responsabilité de mettre nos parents en maison de retraite. Bien sûr ils sont consentants, ils suivent nos conseils, puisqu’il est entendu que nous savons mieux ce qui est bon pour eux. Nos décisions sont difficiles à prendre, car nous sommes piégés dans un système où ça ne se fait pas de demander à la voisine « Je sors faire des courses, peux-tu t’occuper de ma mère pendant une heure ? », et la voisine de le faire, sans être rétribuée, parce qu’elle se sent concernée par toute personne âgée qui a contribué à créer la société où elle vit. Ça ne se fait pas de dire à son enfant de s’occuper de son grand-père en rentrant de l’école, un enfant ça doit rester dans son monde d’autocollants en forme de coeur, des devoirs, des dessins animés, des ateliers pour enfants. Ça ne se fait pas de dire au médecin : « Docteur, la prochaine fois on le laissera mourir à la maison. », car un médecin, c’est fait pour faire durer une vie. Voici les choix que nous prenons pour des choses déjà données.

La mort est un verbe

Derrière notre relation aux personnes âgées, il y a bien sûr notre rapport à la mort. La mort omniprésente comme narcotique puissant dans les films, les médias et les jeux vidéos, mais absente dans sa banale réalité. Les personnes qui vont mourir sont mises à l’écart. En d’autres temps, les gens qui ne mourraient pas de mort violente, expiraient chez eux, dans leur lit, entouré de la famille. On assistait à la mort, on veillait le mourant, on le respirait, on l’entendait râler.

Dans un monde où les fruits n’ont plus de saison, où nous sommes entièrement coupés des cycles naturels, notre logique productiviste nous amène à vouloir maintenir la machine en veille le plus longtemps possible. C’est oublier que mourir est le dernier geste de la vie. Car mourir est un verbe. La mort, nous ne pouvons que la deviner, que l’imaginer. Mais mourir, voilà bien un acte concret, ancré dans la vie.  Celui qui a la chance de ne pas mourir de mort soudaine, et qui sent la fin arriver, n’est-il pas à envier, lui qui peut choisir sa sortie de scène ?

Nous effaçons le verbe mourir pour nous concentrer sur le nom : la mort, l’enterrement. Là nous organisons, nous ritualisons, nous faisons des discours. On s’occupe plus de la mort que de mourir. Pourquoi ne pas parler à son père ou à sa mère de sa mort, au lieu de la nier à coup de blagues et d’interrogatoire médical ? Pourquoi ne pas organiser des funérailles du vivant de la personne où, pendant plusieurs jours, les proches viendraient lui dire adieu, et liraient devant lui ces mots qui se disent devant le cercueil ? Qui recréera le pont entre les générations pour que nos vieux soient constamment entourés d’une jeunesse qui viendra leur demander de se raconter et de transmettre ?

La plupart des décès en maison de retraite ont lieu la nuit ou tôt le matin, c’est-à-dire au moment où les angoisses sont les plus présentes. Par quel étrange procédé sommes-nous convaincus que des personnes qui arrivent au bout du chemin souhaitent qu’on les laisse tranquilles, baignés d’ennui, dans une chambre qui ressemble à toutes les autres, avec une couche au cul et une sonnette au bras? Qui nous dit qu’ils ne voudraient pas s’épuiser encore un peu pour voir de nouveaux visages, des paysages apaisants, rire aux éclats, découvrir encore des choses qu’ils n’ont jamais vues, se prendre une cuite ? Comment en est-on arrivé à empêcher les vieux de vivre sous prétexte de vouloir les maintenir en vie ?

Il ne tenait qu’à nos parents de nous avoir mis en pension quand ils peinaient à subvenir à leurs besoins. Il ne tient qu’à nous de ne pas les mettre en pension eux aussi. Eux, mais aussi ceux de nos voisins. Voilà un long et fastidieux travail qui interroge les bases même de nos sociétés. Il n’est pas impossible que les nombreux migrants venus d’autres pays et d’autres cultures, nous apportent des clés pour créer un nouveau lien à nos anciens. Ou que les communautés qui se créent, autour d’une économie circulaire et locale, basée sur l’entraide et le respect de l’environnement, ne se mettent à réinventer une place pour ceux qui, pour le meilleur ou le pire, nous ont construits.

 

 

Source : http://www.sarahroubato.com/