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06/02/2013

Tout ce qui nous arrive était déjà écrit / cahier N° 13 de l’OCDE 1996 commenté par blogapares

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Christian Morrisson, professeur émérite à l’Université Paris I

 

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Blogapares, blog d’information ‘’parce que l'art de voir est la seule vérité ‘’ aux idées proches de celles de Noam Chomsky

 

 

Il s’agit d’un rapport rédigé en 1996 par le Centre de Développement de l’OCDE auquel rappelons-le adhèrent la France et la grande majorité des pays dits du « Nord », « occidentalisés », mais surtout actuellement « ensablés ».

Le Centre de Développement a pour objectif  dans ses activités de recherche, « d’identifier et d’analyser les problèmes qui vont se poser à moyen terme, dont les implications concernent aussi bien les pays Membres de l’OCDE que les pays non membres, et d’en dégager des lignes d’action pour faciliter l’élaboration de politiques adéquates ».

Le titre de ce rapport est « la faisabilité politique de l’ajustement », autrement dit comment faire en sorte que les décisions difficiles à supporter pour le peuple ne créent pas de troubles et n’empêchent pas les réélections de ceux qui les ont prises.

Autant vous dire que ce rapport est édifiant et d’un cynisme absolu.  Dans ce rapport, pudiquement appelé Cahier, l’auteur – Ch. Morrisson - explique quelles sont les meilleures stratégies pour que les décisions qui seront forcément impopulaires  en raison d’une crise ( éventuellement) « passent bien ou mieux », au cas où TINA (There Is No Alternative) ne serait pas assez convaincante.

L’ auteur, a la délicatesse d’illustrer et/ou d’argumenter ces stratégies par ce qui s’est fait dans certains pays avec ou sans succès.

Florilège:

- « Les cinq études par pays du Centre de Développement confirment l’intérêt politique de certaines mesures de stabilisation : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. »

- « Les coupures dans les budgets d’investissement ne suscitent habituellement aucune réaction, même lorsqu’elles sont très sévères. »

- « La libéralisation des échanges — une mesure recommandée avec insistance par la Banque mondiale — illustre ces réactions opposées dont le gouvernement peut tirer parti. Certes, il existe toujours un front protectionniste assez large et puissant, même s’il est hétérogène. Il rassemble les industriels des secteurs protégés (et leurs salariés), les hauts fonctionnaires qui veulent garder leur pouvoir (sans parler des cas de corruption que permet l’octroi de licences d’importation), les syndicats et les partis de gauche, les partis marxistes étant les plus opposés et, dans certains pays, les partis nationalistes pour lesquels l’importation de certains biens est synonyme d’occidentalisation. A l’opposé, le gouvernement est soutenu par ceux qui bénéficient de la libéralisation : les industriels exportateurs, les agriculteurs, les artisans qui peuvent s’approvisionner plus facilement et moins cher et enfin les consommateurs.
L’histoire des politiques de libéralisation confirme ces résistances mais montre qu’elles ne sont pas dangereuses au point de remettre en question l’ouverture. »

- « La politique de libéralisation interne, pour l’agriculture ou le secteur financier, ne suscite pas non plus d’opposition politique très forte »

- « Ainsi, toute politique qui affaiblirait ces corporatismes (syndicats par exemple) serait souhaitable : d’un point de vue économique, cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté d’action qui peut lui être précieuse en période d’ajustement »

- »Il est possible aussi d’atténuer l’impact d’une hausse de prix par des distributions de denrées alimentaires pour rémunérer la main-d’œuvre embauchée sur les chantiers des travaux publics. Enfin, il ne faut jamais augmenter les prix à des moments difficiles pour les ménages, comme les fins de mois ou les fêtes religieuses » (vaut mieux attendre  Le Tour de France, c’est connu…)

- « Après cette description des mesures risquées, on peut, à l’inverse, recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

 

Et il y en a comme ça 42 pages. Tout simplement énorme.

Ah oui, veuillez désormais parler s’il vous plaît d’ajustement. Non pas de licenciement abusif, d’exploitation, de bas salaires, de mutations forcées, de baisse de qualité de service, de baisse ou blocage de salaire,… Mais d’ A-JUS-TE-MENT.

Rendons grâce à Ch. Morrisson cependant qui écrit dans son cahier:

« L’intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu’elles sont les plus « rationnelles ou les plus justes »

Ah merci de le reconnaître, belle lucidité.

Maintenant les politiques ( on ne parle pas des hommes, mais des pratiques) ne doivent plus être rationnelles ou justes.

Allons bon.  L’organisation de la cité ne doit pas se faire d’une manière rationnelle et juste? On croit halluciner.

Petite précision tout de même au bénéfice de L’OCDE qui prend soin de préciser en tête du  cahier:

« LES IDÉES EXPRIMÉES ET LES ARGUMENTS AVANCÉS DANS CETTE PUBLICATION SONT CEUX DES AUTEURS ET NE REFLÈTENT PAS NÉCESSAIREMENT CEUX DE L’OCDE OU DES GOUVERNEMENTS DE SES PAYS MEMBRES. »

Ouf, l’honneur est sauf.

Sauf que figurez-vous, c’est ce qui est en train de se passer depuis 1996 avec une accélération depuis 2008, date du début de la crise programmée.

En plus du rapport, nous mettons en ligne le CV de son auteur, qui explique sans doute son côté  »terminator ».

Voici les deux documents; régalez-vous

 

CV_Ch. Morrisson  

Cahier N°13 OCDE

 

Source des commentaires bloapares

 

02/02/2013

la France amie du Mali ? / Michel Collon 2013

 

La France amie du Mali ? 

à vous de voir…  d’entendre surtout !


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Michel Collon, journaliste, essayiste belge fondateur du collectif indépendant Investig’Action  

 

 



 

27/01/2013

Idle no more / Simon Jodoin 2013

 

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Idle no more est un mouvement national autochtone regroupant des Pekuakamiulnuatsh, des Atikamekws, des Innus de la côte nord et des québécois qui s’opposent au projet de loi fédéral C-45 et C-48 qui modifie notamment la loi sur la protection de la navigation, la loi canadienne sur l’évaluation environnementale et la Loi sur les Indiens sans consulter les Premières Nations … Mais ceci concerne tous les autochtones et non-autochtones de ce pays, pour l’avenir de la population canadienne/québécoise.

Le mouvement débute le 11 décembre 2012 lorsque la cheffe crie Theresa Spence de la réserve d’Attawapiskat dans le Nord de l’Ontario (Canada) entreprend une grève de la faim dans un tipi implanté sur l’île Victoria (Rivière des Outaouais), à Ottawa, pour mettre fin à l’inaction et l’inertie des relations difficiles entre l’État du Canada et les Premières nations (qui vivent toujours malgré les nombreuses promesses dans des conditions déplorables )... Elle exige une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper. Ce qu’il refuse pendant 24 jours.

Idle No More  - jamais PLUS l’INACTION - a été lancé par quatre femmes: Nina Wilson, Sylvia McAdam, Jessica Gordon et Sheelah McLean pour attirer l’attention sur l’impact de cette loi omnibus «non seulement sur les Autochtones, mais également sur les territoires, l’eau et tous les citoyens canadiens», lit-on sur le site Web du mouvement. »

C’est un mouvement de la base, qui vient du peuple. -

Des manifestations de plus en plus nombreuses viennent appuyer les revendications portées par la gréviste de la faim partout au Canada et au Québec, jusqu’en Gaspésie et sur la Côte Nord, au Saguenay Lac-St-Jean

d’après Michaël Paul


plus sur Idle no more ici &

 

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Simon Jodoin, journaliste canadien, rédacteur en chef et directeur du développement des nouveaux médias au Voir, ‘’poète du dimanche et polémiste de fin de semaine.’’

 

Idle No More: Mécanique amérindienne

 

Je ne crois pas vous avoir déjà raconté que j’ai été, dans une autre vie pas si lointaine, amateur de mécanique. Ma blonde et moi avions acheté ce que nous appelions un toaster, un de ces vieux camions Volkswagen Type 2 transformés en sortes de résidences pour campeurs. J’adorais ce camion qui était en soi un hobby, non pas pour se balader, mais bien pour le garder garé derrière la maison et le reconstruire de A à Z. J’exagère à peine.

C’est à cette époque que j’ai appris la signification du mot anglais idle.

Idle… comme dans Idle No More.

En mécanique, donc, l’idle est la vitesse de rotation d’un moteur au moment où il n’est pas couplé à la transmission et se trouve donc ainsi sur le «neutre». Dès que vous êtes arrêté, au feu rouge par exemple, votre moteur est sur l’idle. À l’époque glorieuse où les véhicules étaient munis d’un carburateur, il fallait ajuster l’idle, ce qui relevait presque de l’alchimie. Le moteur devant tourner sur lui-même par sa propre force, avec une alimentation autonome puisque vous n’appuyez pas sur l’accélérateur, il faut bien doser le mélange d’air et d’essence… Pas trop riche, sinon le moteur étouffe, mais pas trop pauvre, sinon il chauffe.

Et surtout, pas trop lentement… Sinon, au moment d’embrayer, ça donne des coups et vous risquez de «staller», comme on dit en latin. N’en doutez pas, l’idle nécessite un ajustement de haute précision.

J’ai l’air très cultivé, comme ça, à vous parler de mécanique, mais je dois aussi vous dire que je ne connais rien à la question amérindienne. Pantoute. J’ai le vague sentiment de ne pas être le seul chroniqueur à être assez fourré devant ce problème complexe. Rares sont ceux qui dépasseront ce constat banal, d’ailleurs: c’est compliqué. Les autres y iront des bons vieux clichés à propos de l’alcool et du tabac, des casinos, des routes barrées, et du type masqué qui regardait le militaire dans les yeux sans bouger.

Et du fric aussi. On leur en donne du fric. On leur en pique aussi.

La Presse en parlait cette semaine d’ailleurs. Du fric. C’est bien beau, être pauvre et rouler sur le neutre, mais punaise de morbleu, ils ne savent pas gérer le fric qu’on leur donne! Imaginez-vous donc. La journaliste Louise Leduc rapportait à ce sujet l’étonnement de Stephen Harper à propos des finances d’Attawapiskat: «Le premier ministre Stephen Harper s’était demandé tout haut comment une telle pauvreté était possible alors que 90 millions de dollars avaient été investis en six ans dans la communauté, soit environ 52 000$ par habitant.»

Attendez, là, un peu… Où allez-vous, monsieur le premier ministre, d’un pas si guilleret avec votre étonnement à la suce-moi-le-gros-orteil? Faisons un calcul simple. 52 000$ par habitant en 6 ans. Ça nous donne 8666$ en moyenne par personne, donc, pour gérer une communauté déjà dans la dèche, loin de tout, plus loin que ça encore en fait, dont certains membres n’ont pas d’eau, pas de chauffage, pas d’éducation, une communauté bourrée de problèmes sociaux.

Vous savez quoi? Donnez donc 8666$ de hot-dogs par sans-abri au père Pops pour Le Bon Dieu dans la rue… Eh bien, je vous garantis que dans 50 ans, il va encore être dans la rue, le bon Dieu. Dans mille ans aussi.

Seriez-vous en train d’essayer de m’enculer avec un spin épais, monsieur le premier ministre? Parce que je sens quelque chose me grouiller dans le derrière quand vous sortez ce genre de chiffres.

Vous voyez, même moi je me suis fait prendre au piège des clichés et du fric. C’est parce que je n’y connais rien. Je vous avais prévenu.

Parce que c’est compliqué, l’idle. C’est un ajustement précis. Le mélange air/pétrole… Toujours le mélange air/pétrole.

Et l’idle, ça ne sert à rien d’autre qu’à faire rouler le moteur en attendant d’embrayer pour aller quelque part. Un moteur qui ne fait que tourner sur lui-même ne sert à rien. Il remplit sa fonction lorsque le véhicule nous permet de nous déplacer.

À ce titre, le nom du mouvement Idle No More est très bien choisi et permet peut-être d’évoquer le problème le plus profond dans toute cette mécanique amérindienne: Où voulons-nous aller? Que voulons-nous transporter? Quels voyages voulons-nous faire ensemble?

Est-ce qu’on embraye un peu? Au début des années 1990, c’était Davis Inlet. Vous vous souvenez de Davis Inlet? Moi non plus. C’est nulle part, Davis Inlet. C’est plus loin que le Laos et je vous gage drette là que plus de Canadiens ont visité Luang Prabang que Davis Inlet. Davis Inlet, comme tous les lieux où vivent les Amérindiens, même quand c’est à côté, c’est toujours plus loin que le Laos. C’est toujours un peu nulle part, si bien qu’on n’y va jamais. On se contente des cartes postales d’enfants morts d’avoir sniffé de l’essence. Ça nous fait des souvenirs à oublier.

Idle No MoreCe n’est pas le slogan d’une cause amérindienne. Ça veut dire: «Pèse su’l gaz, le gros, parce que c’est encore loin…» 

 

Source Voir Montréal  

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