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14/11/2017

la réflexion d'un matin...

 

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expo Sorbonne "le temps d'un regard" de Jean-Louis Courtinat  2013

 

alors voilà, ma réflexion du matin....... peut-être qu'à force de ressasser les injustices innombrables, on ne donne pas assez d'attention et d'énergie à la beauté et à la bonté de chacun, plus discrète, moins triomphante mais qui est là, toutes ces petites graines qu'il faudrait arroser aussi, et je dis ça parce que la première j'ai passé beaucoup de temps de ma vie à pleurer, dénoncer, enrager, déprimer, partir en guerre finalement avec mes mots, mes idées plus qu'avec des actes finalement, sinon des choix radicaux que je ne renie pas bien au contraire....

mais petit à petit, j'ai commencé à voir les choses autrement, voir qu'il y a aussi de la facilité à dénoncer, enrager, déprimer, c'est une pente et une pente très glissante et qui dit pente glissante dit "vers le bas" et que peut-être à force de pointer ce qui va mal, on l'alimente, on lui donne de la force, de l'énergie, en nous et hors de nous.

Alors ça ne veut pas dire fermer les yeux, oublier, en avoir rien à foutre, non non non, au contraire, on sait, on est lucide et chaque fois qu'on peut, là où on est avec les moyens qu'on a, faire quelque chose pour aider, défendre, soulager, guérir, donner à boire, à manger au sens littéral et moins littéral, si on peut arrêter le bras de celui qui frappe, qui opprime, qui affame, on le fait, mais les mots finalement, les mots ça ne suffit pas. Pourtant, si on essaye de faire un pas de côté, d'arrêter de dénoncer sans arrêt mais plutôt essayer de braquer des projecteurs sur les graines, les belles graines, nourrir le positif de l'être humain et il y en a, il y en a assurément, alors très vite les attaques fusent, on perd ses médailles de va t'en guerre, on est considéré au mieux comme des rêveurs naïfs au pire comme des égoïstes indifférents, pourtant si on regarde bien, des injustices il y en a en permanence tout autour de nous, très proches de nous, parfois et peut-être même souvent nous en sommes les auteurs, nous voudrions sauver tous les migrants, tous les opprimés du monde, mais nous avons parfois du mal à supporter nos voisins, notre famille, le mec qu'on a croisé en bagnole, celui qui nous précède dans la file d'attente, celle ou celui qui a dit ci ou ça, qui a fait ci ou n'a pas fait ça, les amis qui nous déçoivent etc. etc. et même nos compagnons ou compagnes, nos enfants....,

nous sommes pleins de compassion pour l'humanité toute entière qui souffre mais ne voyons pas que nous sommes souvent incapables d'être justes, sincères, attentionnés, généreux avec les personnes qui nous entourent ou que nous croisons au jour le jour.... si on y réfléchit bien et en profondeur, on réclame vérité et justice mais ça ne nous pose pas de problèmes de mentir à nos proches....on n'écoute pas le gamin qui nous parle, parle, parle ou la voisine qui se plaint parce qu'on n'a pas le temps, on est fatigué, qu'on a plus important à faire, on trouve très vite les gens cons, ou trop ceci et pas assez cela..... regardons combien de fois on aura jugé quelqu'un sur une seule journée....et chaque personne que l'on voudrait sauver à l'autre bout du pays ou du monde, mais de préférence éloigné de nous, qui sait comment on l'apprécierait si elle était notre voisine, le mec qu'on suit en bagnole qui ne met pas son cligno ou la vendeuse du magasin qu'on trouve désagréable etc. etc. etc.

Voilà, ma réflexion du matin, enfin pas seulement du matin, c'est une réflexion pas mal nourrie par facebouc en fait. Je me dis que ce nous voyons dans le monde c'est nous, c'est un reflet de nous-mêmes, et que si ce reflet ne nous plait pas, dénoncer ne suffit pas.... Agir c'est bien mais tout le monde n'a pas la possibilité d'agir concrètement sur le malheur du monde qui s'affiche en permanence sur nos écrans, alors oui moi j'ai ma façon de voir ça et d'agir, mais je dis bien à ma façon, elle n'est ni bonne, ni mauvaise, ni meilleure, ni pire qu'une autre, chaque vie est unique et chaque parcours a du sens et si vous pensez que le vôtre en a alors dites-vous que c'est le cas pour chaque personne, et accordez à chacun ce statut de personne unique, qui apprend de son vécu, qui a la capacité d'en faire quelque chose, même et peut-être surtout dans les pires conditions, faisons tout ce que nous pouvons et mieux encore pour être de bonnes personnes pour les autres et pour nous-mêmes, y compris pour les animaux, les plantes....

mais ça ne nous donne pas le droit de juger des autres, seulement de choisir vers qui et de quoi on se rapproche ou pas, accordons à ceux qui souffrent la dignité d'un statut de personne à part entière, et pas uniquement de victimes à sauver...parfois cet élan permanent n'est pas plus qu'un leurre, un pansement douillet sur nos consciences malmenées et douloureuses, sur notre sentiment d'impuissance, qui est réel et peut être même nécessaire, pensons-y..... et observons-nous le plus possible au quotidien, dans nos propres vies - la compassion c'est essentiel mais c'est tous les jours, seconde après seconde,

et si ceci ressemble à une leçon alors sachez que l'élève c'est moi.

 

Cathy Garcia, 10 novembre 2017

 

11/11/2017

déluges et autres péripéties par Werner Lambersy

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ill. jlmi 2017

 

« Pour qu’on sache qu’il était vivant, il a fallu qu’il meure »

                                                                            Orson Welles, dans La Ricotta de P.P. Pasolini

 

                                                  

Avant les premiers déluges, la mort n’existait pas. Il y avait le néant. Retiré en lui-même, il laissa la place au manque, qui appela le désir, enfant né de ceux-ci et père de la beauté qui règne sur la matière de l’âme et au-delà, où bientôt il fallu vivre, puis survivre et détruire, pour qu’orpheline la vie puisse ne pas se perdre sans recommencer.

 

Après tant de déluges, il ne fallait pas que l’homme rende la vie au néant, mais l’ensemence de sa disparition et rembourse sa dette à la matière de l’âme, et au-delà à la beauté de l’horizon matériel et mystérieux de sa beauté indifférente.

   

Nous attendons la Destruction. Depuis longtemps, depuis toujours. Nous l’espérons comme une plaie secrète pour guérir de la mort. Nous l’espérons comme on s’enfonce, se donne et s’abandonne dans l’extase, les drogues et l’innocence du désir insatisfait, mais insatiable de la musiques et des nombres.

 

Nous attendons la Destruction. Pour que justice soit rendue à la nature qui nous pousse à n’être rien ni personne, pas même dans l’énorme nuit courte des migrations de libellules, l’illusion et les mirages doux de la fureur amoureuse, la passe des papillons inoffensifs puis des grenouilles, des sauterelles, et de la plaie d’insectes dévorant la haie basse et les buissons de l’âme

 

Nous espérons la Destruction. Depuis toujours, depuis notre sortie dans l’espace, hors du ventre de l’obscurité. C’est un sentiment confus et  vague, un mal de mer sur les vagues houleuses des cieux. Un malaise, un arrière-gout de solitude amère, une douleur dense et obstinée, légère et mutilante d’avoir perdu quelque chose du jardin sans clôtures du cosmos.

 

Nous l’espérons comme soulage un crime impuni, le suicide que partage l’espèce laissée à elle-même. Nous attendons d’être payés de mort, de dispersion dans la poudre azurée des couchers de soleil, purgés de l’au-delà et détruits au profit d’autres mystères.

Nous attendons la Destruction. Depuis longtemps, depuis toujours, depuis Sumer et Abraham où l’ange est arrivé très tard. Depuis les déluges de comètes, les cendres de Santorin sur nos têtes. Depuis Noé et l’épouvante d’avoir, à coups

De gaffes et de rames, repoussé de l’arche les hommes qui s’accrochaient au bastingage, et les femmes qui tendaient aux ras des flots furieux leur nouveau-né.

 

Nous attendons la Destruction, comme ces peuples, aujourd’hui, qui pour ne pas mourir et laisser la vie triompher du désespoir, embarquent, lucides et nus, sur des rafiots pourris, paient des passeurs, et meurent sous le suaire sombre des mers, ou gisent sur des sables pollués d’épaves, de débris et du trop-plein de nos civilisations hypocondriaques et obèses.

 

Nous attendons la Destruction, par le prêche universel et cosmétique pour un bonheur pareil aux grands chenils de pub, comme on s’endort après une rude et longue chasse à l’homme, une journée de meurtres, de rapines, de viols et de tortures au nom de tables et de Lois jamais écrites par des dieux invisibles.

 

Nous attendons la Destruction. La fin du dernier acte, comme chez Shakespeare quand tombe le rideau de sang pourpre sous l’ovation debout des spectateurs nourris de meurtres et d’assassinats ; comme tord le cou, une à une, à toutes ses roucoulantes colombes le magicien, inutile amuseur, renvoyé par un public sans poésie ni amour de la beauté ; comme reposent dans les cryptes royales de l’or, les traders qui attendent l’ordre de bourse, la richesse pour une heure, puis passe les crépis de la mort sur l’idole hypocrite.

 

Nous attendons la Destruction. Sa mise en scène, pour servir d’excuse aux dieux coléreux dont nous avons pris prétexte, en sortant des tranchées de la première guerre mondiale, pour tuer, être tués, et rejeter, un peu plus tard des cheminées nazies, ce qui restait de l’être humain et de l’âme nauséabonde des bourreaux, dont le banal office nous souille, depuis la nuit des temps, c’est vrai ! Mais qui jusqu’aux lendemains improbables et aux massacres sacrificiels du pouvoir continue de nous enfumer, nous et nos enfants et les générations de nos enfants !

 

« On croit mourir pour la patrie, alors qu’on meurt pour des industriels » 

Anatole France.

 

Après les génocides, les famines, les désastres économiques organisés, le sida, Guantanamo, l’assassinat par les drones,  les gaz de carbone et l’atome sous nos pas pour des millions d’années, les déserts et la forêt sans arbres comme l’âme sans joie : nous attendons la Destruction.

 

« Il reste peu de temps : Le point de non retour est dépassé. L’histoire de l’homme prend fin, mais pas celle de la vie »

Claude Lévi-Strauss

 

Sans nous l’avouer, sans y croire peut-être, mais le besoin obscur est là, qui nous conduit comme hypnotisés : nous attendons la Destruction. Que faisons-nous pour l’éviter vraiment, quelle rage contre les profits inhumains peut encore nous arrêter ? Que répondre à qui nous demande pourquoi nous avons fait du monde ce qu’il est, qu’avons-nous laissé faire, qu’avons-nous fait et que peut encore celui qui veut bien faire, quand cela même aujourd’hui se retourne contre lui ?

 

Combien de millions de bébés renvoyés, chaque minute, au néant ? Combien de continents pillés et massacrés pour que dure la puissance de quelques uns, au prix du dévoiement programmé de tant d’autres, et que reste-t-il de nous, sans mémoire et sans aveux, face aux questions de nos enfants ? Pourquoi Hérode, plus que jamais, massacre-t-il des innocents, décapite-t-il les porteurs de nouvelles pour que danse Salomé ? Pourquoi tant d’enturbannés, de tonsurés, d’ensoutanés de toutes sortes, de politiques, de technocrates de Kapos de toute espèce, prétendent-ils servir en nous asservissant ?

 

 

Nous attendons la Destruction, parce qu’Elle libère, croyons-nous, permet de commencer un autre Eden,  et nous rendrait l’innocence, car jamais époque ne fut, à travers tant d’infamies, plus belle, plus prometteuse, plus enthousiaste et curieuse du ciel, de la matière, de la vie et de l Homme ; jamais le génie ne fut plus près de tous les possibles, plus ouvert au poème, à la musique, aux mathématiques, aux « fureurs héroïques », à la grandeur microscopique et universelle de l’être humain.

 

        2013

 

10/11/2017

le problème de l'eau vu par Cerise Ben Sahraoui

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Cerise Ben Sahraoui, graphiste

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ce post avait déjà paru ici il y a 4 ans ; mais la situation a-t-elle changée dans le monde ?